Pierre David, Nuancier

Pierre David, Nuancier


Exposition du 08 octobre 2011 au 23 janvier 2012
Musée du nouveau Monde, La Rochelle

Peut-on classer les hommes par couleur ? Ces couleurs peuvent-elles être commercialisées ? En 2009, dans le cadre de l’année de la France au Brésil, l’artiste Pierre David a été invité à exposer au musée d’Art moderne de Salvador de Bahia. Nuancier a vu le jour à cette occasion. L’épiderme du dos de 40 hommes, tous employés du musée, a été photographié. A partir de là, un fabricant de peinture industrielle, Sikkens, a mis au point la formule chimique permettant la reproduction et la commercialisation de ces couleurs. Ramener l’intérêt porté à un individu à sa seule couleur pose d’une façon immédiate la question du racisme : «J’aime ou je n’aime pas votre couleur». Il efface aussi l’individu au profit d’une globalisation croissante, d’une perte d’identité. À Salvador, ville où l’esclavagisme s’est ancré dans le continent sud américain et où la couleur de la peau reste un marqueur social déterminant, réaliser cette oeuvre soulevait de nombreuses questions d’autant que le musée d’Art moderne de Salvador de Bahia est installé dans l’ancien comptoir des esclaves à leur débarquement au Brésil.
Cette oeuvre est présentée au musée du Nouveau Monde de La Rochelle du 8 octobre 2012 au 23 janvier 2012. Exposer le Nuancier dans un musée français largement consacré au commerce triangulaire semble une escale logique et permet encore et toujours de poser cette problématique de l’altérité : finalement qu’est-ce qui nous différencie ? Car l’oeuvre s’interprète de plusieurs manières. Récit muet de la condition humaine contemporaine, Nuancier est un témoignage qui peut nier l’individu réduit à sa peau. Mais la gradation qui est l’essence même du nuancier ne dit-elle pas aussi qu’il n’y a ni blanc ni noir mais une infinité de transitions, un glissement progressif qui rassure, qui rassemble au lieu d’opposer ? En même temps, l’ambiguïté du décoratif (puisque chaque lieu exposant est invité à choisir une teinte pour repeindre les murs de la salle), associé à ce sujet chargé d’histoire et de menace, interroge chacun sur la position qu’il est susceptible de prendre face à l’abolition de l’individu. Peut-on réduire l’homme à un décor ?
Le choix d’exposer Pierre David ne se résume pourtant pas à ce seul constat. Le musée du Nouveau Monde a la chance de conserver dans ses collections un étonnant tableau portugais de la fin du XVIIIe siècle intitulé Mascarade nuptiale. Dans une composition triangulaire un peu naïve, le peintre José Conrado Roza a représenté les huit « curiosités humaines » qui « ornaient » la cour de la reine Maria Ière de Portugal : sept individus frappés de nanisme et un jeune garçon atteint de piébaldisme, Siriaco, noir semi-albinos ou nègre pie comme on disait alors. Cette bi-coloration est également le point de départ de l’exposition rochelaise sur laquelle s’appuie l’installation muséographique de Pierre David. C’est aussi l’occasion pour le musée de mener une recherche historique sur cette toile et de présenter un second portrait de Siriaco conservé au musée de l’Ecole de Médecine de Paris.