Le Centquatre, Paris

Exposition du 22 octobre 2016 au 31 décembre 2016


Hans Op de Beeck, Saisir le silence


Du 22 octobre au 31 décembre 2016, Hans Op de Beeck investit les ateliers de la halle Aubervilliers du CENTQUATRE avec Saisir le silence.

Né en 1969, Hans Op de Beeck vit et travaille à Bruxelles. Le plasticien ne cesse de jongler entre les différents médiums, formats et vocabulaires esthétiques, conférant à son œuvre une dimension holistique au sein de laquelle se trouve toujours, même s’il est invisible, l’Homme. Touche-à-tout, l’artiste belge produit un art total, dans lequel il convoque toutes les disciplines. Installations, sculptures, films d’animation, vidéos, photographies, peintures, dessins, nouvelles ou théâtre sont autant de productions par lesquelles il tente de libérer le spectateur de son quotidien.

Ce quotidien qui est toujours le point de départ de son travail et de son imagination, se voit insuffler par l’artiste de tout un imaginaire, transformé en un monde parallèle dans lequel l’anodin devient spectaculaire, mis en scène comme une pièce de théâtre fantastique où le fabuleux et l’extraordinaire côtoient sans cesse le banal et l’ordinaire. Hans Op de Beeck explore le rapport de l’homme à son environnement, au Temps et à l’Autre et livre un commentaire ambigu de notre postmodernité, à la désincarnation de laquelle il tente d’opposer des alternatives, des « propositions », selon le terme qui lui sert parfois à désigner ses œuvres.

Saisir le silence se compose de deux œuvres vidéo récentes et trois installations sculpturales présentées pour la première fois en France. Dans cinq salles se construisent cinq « environnements immersifs », qui invitent le spectateur à s’arrêter, mettre en pause le défilé comme en accéléré de son quotidien, pour se plonger dans la contemplation de cet autre possible en même temps que dans son moi le plus profond. Émotion et méditation naissent naturellement de la réception de ses oeuvres. Et l’artiste d’expliquer : « Je suis convaincu qu’il y a un besoin chez le spectateur d’art – quel que soit le médium – d’être ému et de trouver réconfort et tranquillité dans la réception d’une œuvre. Tout est une question de silence, sans le sens le plus large du terme. »

Pour que s’opère le saisissement du silence, de l’instant, d’une dimension spatio-temporelle nouvelle qui prendrait le temps de s’arrêter sur ce détail pour lequel Hans Op de Beeck nourrit « un amour particulier », l’artiste plonge le visiteur dans des atmosphères oniriques et atemporelles, dont la majestueuse beauté interpelle et ravit les sens autant que l’entendement. Les vanités 2.0 qu’il fait apparaître dans le moulage en plâtre de l’intérieur d’une chambre d’hôtel (The Lounge) ou dans la Caravan qu’on devine habitée sans savoir par qui ; le gris mélancolique, d’une douceur infinie, des vidéos Staging Silence (2) ou Night Time ; sont autant de subterfuges par lesquels l’artiste met en scène le silence et la beauté du monde, qu’il espère révéler au grand jour.

Au regard cynique qu’on pose souvent sur ce qui est brutalement appelé notre « postmodernité », Hans Op de Beeck préfère le réconfort et l’espoir. Car « malgré tout ce qui va mal dans le monde, [il croit] en l’optimisme comme devoir moral ». Ses œuvres incarnent « une tristesse douce et une beauté consolante » qui pourront faire s’opérer la catharsis. Prendre conscience du tragique de ces cités qui ne dorment jamais, qui sont toujours pressées et qui font souvent oublier les hommes qui les font exister, le présenter pour mieux l’affronter.

Admirateur de Vermeer autant que de Peter Doig, Hans Op de Beeck se sent d'abord proche de l’ironie mordante des frères Coen ou de la littérature de Raymond Carver. Mais il s’inscrit également dans la lignée d’un Gerhard Richter, dont il emprunte la partition de l’œuvre en productions colorées d’une part, en nuances de gris de l’autre. Comme lui il met l’accent sur le détail des objets qui peuplent notre monde quotidien, sur le temps à prendre pour les apprivoiser complètement et se rendre compte du miracle que constitue finalement leur existence.

À chercher et révéler la beauté cachée dans les moindres recoins de la vie, à promouvoir cet optimisme infini qui se cache derrière une certaine morosité ambiante, à vouloir le transmettre à ses spectateurs, le travail de Hans Op de Beeck se fait véritable ode de la modernité. Hans Op de Beeck dénonce le mal du siècle et le transforme en joie de vivre qu’on ne peut plus manquer de voir ensuite.

Infos :

Ouvert du mardi au vendredi, de 12h à 19h. Le week-end de 11h à 19h.

Tarifs – plein : 5€ / réduit : 3€ / abonnés : 2€

Crédit visuel : Hans Op de Beeck, Night Time, Film animé, 19’20’’, 2015, Black-and-White, Sound, Full HD Video

Texte : Horya Makhlouf