Bab's galerie , Paris

Exposition du 12 mai 2015 au 30 mai 2015


En corps !


Le corps en peinture, en photo, en sculpture, en vidéo, encore et En corps ! Tel est l'intitulé de la nouvelle exposition présentée par la BAB'S galerie.

Source d'inspiration intemporelle, sujet de réflexion privilégié de l’Homme, le corps incarne ce qui nous unit comme nous divise. Sa présence dans l’art est double, il se donne à voir par sa représentation plastique et se ressent en tant que présence par les gestes et l’implication du corps de l’artiste au moment de créer. Inaliénables, ces deux notions agissent elles-mêmes comme les miroirs de nos sociétés. D’abord soumis aux canons esthétiques liant idéal et beauté de l’Antiquité à la Renaissance, le corps est par la suite réinterrogé jusqu’à être déstructuré, disloqué, défiguré chez les cubistes, et même devenir un médium à part entière au XXème siècle, en attestent performances et happenings.

La BAB’S galerie se penche sur ces questions à la fois universelles et intimes en conviant trois peintres, un sculpteur, un photographe et des danseurs, alliant disciplines et passerelles artistiques.

Franck Benoualid exalte la chair de silhouettes asexuées et vivement colorées sur fond noir. Dans un cadrage serré, le corps en action est sur le point de se redresser ou de se recroqueviller sur lui-même. Il suggère un moment d’attente, un entre deux qui entre pulsion et maîtrise insuffle une tension latente. Ces toiles contrastent avec la douceur et la sensualité des sculptures de JC Cronel.

Autodidacte, JC Cronel modèle et taille des bustes féminins résolument charnels et envoutants. Fondé sur des formes pleines et arrondies, le corps est simplifié jusqu’à l’épure. Reste la cambrure d’une courbe, le galbe d’une poitrine, et bien souvent, un geste évocateur éveillant l’imaginaire. Un travail tout en suggestion et insinuation qui peut être mis en parallèle avec l’univers artistique de César Jordan.  

Formidablement troublantes, ces toiles suscitent admiration et interrogation. L’œil photographique et le pinceau de l’artiste interpellent : est-ce réellement une peinture ? César Jordan exalte une maîtrise technique de la peinture à s’y méprendre. Ses toiles se confondent en photographies tellement il semble incroyable de réussir à fixer un ensemble vaporeux, insaisissable. La nudité apparaît comme un mirage, elle semble avoir été capturée par surprise. Une ode au travail de la main qui n’éclipse pas celui de Milan.

Humaniste, son art désobéit aux préceptes idéaux inculqués par la société. Chez Milan, la représentation du corps est insoumis aux codes esthétiques d’aujourd’hui. Il n’est pourtant pas un art de revendication, il est simplement un art proche des gens et sonne un séduisant retour à notre essence. Protagonistes principales, les femmes anonymes de ses toiles sont communes et nues. Enchaînant les positions assises ou couchées sur un fauteuil vert, les rondeurs épousent leurs formes et celles du siège. Une scène somme toute banale mais qui déclenche un face à face avec notre propre image, notre propre corps.

Esthétiques plus provocatrices, les photographies de Stéphan Thévenon saisissent un corps indocile se moquant des convenances et bienséances. Dans l’intimité d’une baignoire ou d’un parking souterrain la nuit, la corps nu exhibe ses formes, écarte les jambes avec nonchalance et assume son pouvoir d’éveiller les désirs les plus ardents.

Constats, dénonciations, regards critiques, ces artistes ouvrent un dialogue autour de notre perception du corps. En accord avec les thématiques soulevées, des danseurs proposent d’appréhender un nouveau regard sur le corps en mouvement en offrant une prestation le soir du vernissage.

Vernissage le mardi 12 mai.

Texte : Anne-Laure Peressin

Crédit visuel : César Jordan